L’Etranger - Albert Camus

Albert Camus

L’Etranger
Gallimard, première édition 1942. (185 p,)

Meursault, le protagoniste du roman , vit à Alger en Algérie française où il est employé de bureau. Totalement dépourvu d’ambition et incapable d’éprouver la moindre émotion (ce qui devient évident lors de l’enterrement de sa mère où il ne montre aucun signe de chagrin) il semble peu adapté à la société où il vit. A la fin de la première partie du roman Meursault commet un meurtre absurde : sous l’effet de la chaleur et du soleil il tue un Arabe par cinq coup de pistolet.
La deuxième partie du récit est entièrement consacrée au procès qui s’ensuit et qui aboutit à l’exécution de Meursault. Peu à peu la portée philosophique du roman devient claire : Meursault est le héros existentialiste par excellence.
Ce classique de la littérature française est une excellente introduction à la pensée de Camus.

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On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple: il refuse de mentir. Mentir ce n'est pas seulement dire ce qui n’est pas. C'est aussi, c’est surtout, dire plus que ce qui est et, en ce qui concerne le coeur humain, dire plus qu’on ne sent. C'est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu‘il est, il refuse de majorer ses sentiments, et aussitôt la société se sent menacée. On lui demande par exemple de dire qu‘il regrette son crime, selon la formule consacrée. Il répond qu'il éprouve à cet égard plus d’ennui que de regret véritable. Et cette nuance le condamne.

Meursault pour moi n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tacite, l’anime, la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, Ia vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible.

On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L’Etranger I’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer dans mon personnage le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans  aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création.