La Honte - Annie Ernaux

Annie Ernaux

La Honte
Paris, Gallimard, Folio, 1997, 142 p.

' Mon père a voulu tuer ma mère un dimanche de juin, au début de l’après-midi '. C’est par cette phrase choquante que débute le récit non-fictionnel d’Annie Ernaux, où elle décrit, à partir d’un souvenir traumatisant, ses années d’enfance à Yvetot. Issue d’un milieu très simple (ses parents tiennent un petit commerce dans un quartier populaire de la ville), Annie fréquente une école privée catholique avant de faire des études de lettres à l’Université. Par son métier d’enseignante dans le secondaire et par son mariage, elle transgresse son milieu social d’origine pour accéder à la classe bourgeoise. Ce sont les sentiments douloureux qui accompagnent cette transgression qui font le sujet central de ce livre où Annie Ernaux analyse surtout le sentiment de honte : la honte qu’elle a de ses parents lorsqu’elle se rend compte que leur manière de vivre ne coïncide pas avec celle de ses camarades d’école. La honte aussi de cette honte lorsque, devenue adulte, elle éprouve son succès social comme une trahison. Finalement la honte devient le moteur même du livre qu’elle écrit pour ' venger sa race'.